101 bonnes raisons de se réjouir d’être une fille

101 bonnes raisons de se réjouir d’être une fille,
par Beatrice Masina et Guillaume Long

On peut fonder un club tout rose interdit aux garçons.


Auteure : Beatrice Masina
Illustrateur : Guillaume Long
Éditions : La Joie de lire
Genre : Album
Date de sortie : 2011
Nombre de pages : 64
À partir de : 6 ans


Synopsis

Un inventaire à la Prévert illustré en noir et blanc qui liste « 101 bonnes raisons de se réjouir d’être une fille ». Attention, gros coup de gueule. Cissexisme, hétérocentrisme, sexisme et humour Charlie. Sortez votre bingo.




Mon avis

Un ouvrage qui liste les bonnes raisons d’être une fille, voilà une excellente idée pour favoriser l’empowerment et la fierté ! Oui mais pour Beatrice Masina, être une fille, c’est bien parce que les prénoms féminins sont « plus beaux », qu’on peut jouer à la poupée, qu’on peut « prendre soin de ceux qui ont besoin de nous », qu’on peut être enceinte quand on sera grande (alors que les garçons, « au mieux, deviennent papa »... Grrrr), qu’on « peut changer constamment de coiffure »… Que de super bonnes raisons bien rose bonbon, à l’image de la couverture.

Absolument tout les clichés sur les filles sont réunis en 64 pages, de l’inévitable précipitation sur les articles bradés le premier jour des soldes (pour des petites filles, mais oui) aux séances d'épilation (idem) en passant par les sautes d'humeur (les filles, ces hystériques notoires), les premières amours (hétérosexuelles, évidemment)… Maternité, care, apparence, intérêt amoureux, rien ne nous sera épargné au cours de cette énumération effarante de sexisme et d’idées reçues. Certaines « bonnes raisons » et certaines illustrations sont censées rattraper la catastrophe : l’autrice rappelle par exemple que tout les sports peuvent être pratiqués par les filles, une illustration montre une fille en boxeuse… Cependant, ces affirmations positives, prises dans le cadre d’une liste aussi sexiste, ressemblent plus à une tentative de noyer le poisson sans prendre de risque qu’à de l’empowerment. Le livre n’est pas du niveau du tristement célèbre Dico des filles de Fleurus, mais on s’en rapproche, et ce n’est pas bon signe.

Il existe bien entendu une deuxième version des 101 bonnes raisons, qui, sans surprise, est d’un magnifique bleu garçon qui rassurera tout brave papa-maman-qui-ne-mentent-pas-auzenfants. On passera sur le binarisme de ce choix éditorial, sur les justifications que l’autrice avance en préface pour expliquer cette deuxième version (« on ne voudrait pas faire d’inégalité »… Non, bien sûr que non !), car le plus scandaleux est bien entendu son contenu. Je vous laisse avec un petit florilège pour vous que vous puissiez en apprécier la teneur par vous-même : « Quand on est un garçon, on peut être désordonné… ou très très ordonné ; on peut se faire cuisiner tout ce que l’on veut par une gentille fille… mais on peut aussi devenir un cuisinier très doué ; on peut être un dur à cuire… et aussi être tendre ; on peut tomber amoureux de sa mère… et rester amoureux pour toujours… » (La « gentille fille » représentée aux fourneaux et le valeureux cuisinier représenté en chef étoilé continuant de me laisser rêveuse.)

Des bonnes raisons de se réjouir d’être une fille, il y a plus de 101 ; Beatrice Masina aurait pu trouver le moyen de caser dans sa liste du body-positivism, de l’auto-détermination, de la valorisation de qualités badass… Mais au vu de celles sélectionnées dans son livre, vous auriez tout intérêt à montrer à la petite lectrice à qui vous le destiniez les nouvelles pubs Always.

Un titre prometteur, une grosse déception



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