Rouge Tagada

Rouge Tagada, de Charlotte Bousquet et Stéphanie Rubini.

Layla et moi, joue contre joue, tête contre tête, les yeux brillants.


Auteure : Charlotte Bousquet 
Illustratrice : Stéphanie Rubini
Éditions : Gulf Stream
Genre(s) : Bande dessinée // Jeunesse 
Date de sortie : Juin 2014 
Nombre de pages : 58 
À partir de : 9 ans 


Synopsis 
A. est en quatrième D. Dans sa classe, elle a des bons copains, Jade et Benjamin, des pimbêches qui rient trop fort, des timides, des gamins. Mais elle a surtout Layla, Layla qui a la peau si tiède, si lisse, et les cheveux qui sentent les épices. 


Mon avis 
Rouge Tagada est une bande dessinée qui se lit presque comme album, illustrée avec délicatesse et tout en fluidité par Stéphanie Rubini, dont c’est la deuxième collaboration avec Charlotte Bousquet. La couverture rouge, magistrale, est à l’image du roman graphique : le texte et l’image se complètent subtilement, et en 58 pages tout juste se noue le drame éternel des premiers amours et de l’adolescence, que croquent avec douceur, tendresse et énormément de poésie l’auteure et l’illustratrice. 

Ce drame, c’est celui de A., treize ans, les yeux rieurs et de l’amour à revendre, et de Layla, des fossettes plein les joues et les yeux chocolat. Layla, que A. a remarquée dès la rentrée, et qu’elle a mis un mois à aborder. Layla, qui est devenue son amie pour la vie, avec qui A. passe la journée à rigoler et la nuit à se chuchoter des secrets. Layla et A., que rien ne peut séparer, rien sauf peut-être ce type au nom de caleçon et au visage plein de boutons, avec qui Layla sort, et que A. déteste. Parce que A. a un secret : la nuit, elle rêve de donner à Layla des baisers rouges tagada. 

Rouge Tagada est un morceau de poésie pure. Aucune caricature dans cette galerie d’adolescent-e-s plus vrais que nature, dont les tourments sont abordés avec un grand respect : les lecteurs-ices ne sont jamais pris-e-s pour des idiots. Des posters de Lady Gaga dans la chambre de A. à la tenue de la prof de français, le souci du détail rend l’histoire réaliste et actuelle, drôle, aussi. On s’identifie immédiatement aux différents personnages, on croit reconnaître ce grand type dégingandé, cette fille qui aurait pu être avec nous en troisième C… Et c’est d’autant plus important que Charlotte Bousquet aborde sans détour la question de l’homosexualité et du désir chez les adolescent-e-s. Son héroïne est lesbienne, et son orientation n’est jamais remise en doute. Aucun adulte n’intervient pour lui dire qu’il s’agit d’une phase, que tout va rentrer dans l’ordre, que « c’est l’âge », qu’elle confond amitié fusionnelle et amour passionnel. C’est son histoire d’amour, et elle la vit pleinement, comme tout les adolescent-e-s. Sans tabou, Rouge Tagada répond simplement aux questions que les ados peuvent se poser sur leur sexualité dans ce moment charnière que représente pour eux la puberté. Une lecture sucrée, nécessaire, qu’on aurait aimé trouver dans le CDI de son collège ou de son lycée : une très belle découverte, donc. 

Un délicieux roman graphique


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