La Porte de la salle de bain

La Porte de la salle de bain, de Sandrine Beau


Du côté gauche, ce n’était plus pareil. Ça pointait à peine, mais ça pointait. Comme un tout petit pois. - Yeeees ! J’ai crié au milieu de la buée. J’ai les seins qui poussent ! 


Auteur : Sandrine Beau 
Éditions : Talents Hauts 
Collection : Ego 
Genre : Jeunesse
Date de sortie : 2015 
Nombre de pages : 95 
À partir de : 10 ans 

Synopsis 
Mia attend le grand événement. Depuis le miroir de la salle de bain, elle inspecte avec attention ses tétons dans l’espoir de voir pousser ses seins. Et quand ils arrivent enfin, c’est l’euphorie ! En plus, à la maison, tout va bien : sa maman a retrouvé un copain, et la joie de vivre avec. Seulement voilà, ces nouveaux « p’tits œufs au plat » apportent avec eux de sérieuses complications auxquelles Mia ne s’attendait pas. 


Mon avis 
La Porte de la salle de bain fait partie de ces lectures qui vous hantent plusieurs jours après les avoir terminées. C’est un tout petit livre qui ne paye pas de mine, mais qui aborde, l’air de rien, avec une grande délicatesse et beaucoup de pertinence des thématiques pourtant très difficiles. Sandrine Beau y parle de dépression, de puberté et évoque avec tact la question de la pédophilie. 

 On suit Mia, environ douze ans, qui observe avec une grande attention les infime changements qui chamboulent son corps de petite fille. Impatiente, elle regarde avec fierté ses seins pousser. Mais grandir, pour Mia, c’est aussi soudain être exposée aux regards prédateurs des autres hommes, dans le bus, par exemple, mais aussi à la maison. Et quand le nouveau copain de sa mère, Lloyd, qui ne fait pas grand chose dans la vie mais qui a rendu le sourire à sa maman, commence à se comporter étrangement avec elle, Mia se sent traquée. Quoi faire contre ces invasions dérangeantes quand on n’a que douze ans, une maman très occupée, un petit frère encore bébé et l’école à gérer ? 

La Porte de la salle de bain est un roman nécessaire. Sans tabou, il répond simplement aux questions que les ados peuvent se poser dans ce moment charnière que représente pour eux la puberté. La narration à la première personne facilite l’identification, et on se retrouve forcément dans Mia, dont les problèmes et les joies nous semblent familiers. Le « je » permet en même temps de rendre accessible à un jeune lecteur les considérations plus politiques de Sandrine Beau. L’auteure réussit en effet la prouesse de d’aborder avec des mots d’enfants la plupart des grandes thématiques féministes :  le rapport des femmes à leurs corps, leurs vulnérabilité dans l’espace social, le poids de la répartition genrée des tâches dans un foyer (la maman de Mia fait la double journée de travail), l’importance de la solidarité entre les femmes pour résister à la domination patriarcale… C’est extrêmement pertinent, c'est intelligent, c’est tendre, tout les personnages sont attachants et complexes, c’est clair sans être impudique, c'est dur sans jamais être glauque : définitivement l’une de mes plus belles découvertes livresque cette année. 

Un roman féministe incontournable


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